Je suis d'habitude irritée d'instinct par les controverses de personnes en politique, parce que je suis consciente qu'elles ne servent le plus souvent que les propres ambitions de ceux qui les lancent, ou des buts partisans et idéologiques fondés sur la mauvaise foi.
Cher Jean, je vous écris aujourd'hui en tant que neuilléenne, et un peu comme un "grande sœur" bienveillante mais sévère pourrait le faire. Je n'ai rien à gagner dans cette démarche, rien à perdre non plus. Je suis contre la chasse à l'homme, mais je pense que l'UMP ces jours-ci ne vous rend pas service en vous défendant sur la base de points de procédure ou de légalité.
Si je choisis de me pencher aujourd'hui sur la controverse concernant la présidence de l'EPAD, c'est parce qu'elle touche en moi une corde sensible, tout en ne me concernant directement en rien. Ayant adhéré à l'UMP dès ma naturalisation en France, j'ai soutenu , dans la limite de mes moyens, le candidat puis le Président Nicolas Sarkozy. Je ne suis pas d'accord avec toutes ses décisions, ni toujours avec sa manière de faire. Mais je crois que son programme est le seul qui puisse redonner à la France le dynamisme qui lui faisait défaut depuis des décennies, la place doit être la sienne en Europe et dans le monde. Je ne le trouve ni trop ambitieux, ni trop actif, ni trop atlantiste comme le lui reprochent souvent les médias et l'opposition. J'ai pour lui une admiration sincère.
Malgré cela, je n'ai pas trop apprécié votre arrivée en politique à Neuilly sur Seine. Sans m'étendre sur la manière dont avait été gérée la désignation du candidat de l'UMP à la Mairie de Neuilly et les cafouillages pathétiques qui ont suivi, je trouvais que vous étiez effectivement trop jeune, trop impétueux et trop "fils de". Je ne comprenais pas que votre père, ayant lui-même franchi une à une les marches au sein du RPR, s'étant imposé à la force du poignet , ne vous ait pas mis en garde contre la tentation de vouloir en faire trop, trop vite. Dieu sait qu'on lui a reproché d'être trop impatient , alors qu'il approchait la cinquantaine et avait fait ses preuves comme militant, comme Maire, Ministre! Alors vous, à vingt ans à peine passés, vous pensez!
Vous avez grandi à l'ombre d'un père connu, ambitieux, homme politique. Vous auriez du savoir qu'en politique précisément, on ne pardonne rien. Qu'on pardonne aux enfants des gens célèbres moins qu'aux autres. Que plus que tous les autres, ils doivent se faire un prénom, s'ils veulent suivre la même voie que leurs parents. Que plus que les autres, il leur faut être discrets, assidus, patients. J'ai entendu un élu UMP demander si "le fils du Président de la République avait moins de droits que tout autre citoyen. " Malheureusement oui, à certains égards. Autant votre nom vous apporte des privilèges dans la vie, autant il sera toujours un poids dont vous ne pourrez jamais vous défaire. Cela vous devez déjà le savoir. On ne vous passera rien, jamais. Plus que quiconque, vous devrez faire preuve de prudence, de diplomatie, d'endurance, de discrétion.
Bien sur, les dynasties politiques ne sont pas rares, où que ce soit. Bien évidemment, que vous ayez envie de suivre la même voie votre père ne peut vous être reproché. Vous avez pu, depuis votre enfance, voir combien ce choix était difficile, et votre détermination vous honore. Mais cette voie, il faut que vous vous y engagiez seul, ou tout du moins sans votre père.
Depuis votre arrivée en politique neuilléenne, j'ai pu constater que vous aviez réellement retroussé vos manches – au propre comme au figuré – et que vous prenez vos fonctions à cœur. Vous avez de réelles qualités, et on ne peut pas vous reprocher de ne pas vous investir dans l'action locale. Cependant, croyez-vous que vous auriez accédé à votre fonction – même élective – si vous n'aviez pas porté le nom du Président? Ne le croyez jamais, quoi que vous disent vos proches ou les flatteurs. Et si parfois vous vous laissez allez à le croire parce que vous êtes sûr de vos qualités, résistez à ce penchant! Au fond de vous, vous savez bien que ce n'est pas vrai, en France probablement moins que dans bien d'autres pays. On ne pardonne pas en France la jeunesse, l'ambition. Et dans votre cas, pour une fois, je suis d'accord.
Il me semble que vous auriez montré plus de sagesse à terminer vos études, puis à vous frotter au monde "réel", en entreprise, dans une ONG, une fondation, que sais-je? Commencer par travailler au sein de l'UMP de manière plus discrète, à la base, vous contentant peut-être de l'animation des jeunes. Vous me direz que vous avez distribué des tracts, organisé des réunions, et qu'étant tombé tout petit dans la marmite politique, vous avez fait vos classes plus tôt et de manière bien plus intensive que tous les élus de ce monde. Je sais. "That's not the point", comme on dirait en anglais. Vous vous le savez, votre famille aussi. Mais encore une fois, plus que quiconque vous devez le prouver, trimer, acquérir de l'épaisseur et de l'humanité pour qu'on vous pardonne d'être "fils de."
Tout ceci d'autant plus qu'un des leitmotivs du Président est "une démocratie irréprochable". En voulant trop tôt prouver vos compétences, et sans le vouloir j'en suis certaine, vous portez un sale coup à ce projet, et à vos ambitions également.
Je le répète, n'ai rien contre la jeunesse, ni contre l'ambition, ni contre la passion politique. Mais pour ce qui est de diriger l'EPAD, malgré toutes les qualités, talents et compétences que l'on peut vous reconnaître, vous êtes réellement trop jeune, et trop inexpérimenté. Je vous conseille d'écouter à ce sujet le très sage édito de Christophe Barbier sur le site de l'Express.
Mais je pense que votre père, vous-même en tant qu'homme et en tant qu'élu, et votre future carrière bénéficieraient grandement si vous aviez la sagesse de prendre un peu de recul. Renoncez de vous-même à la fonction à la tête de l'EPAD, vous en sortirez grandi, et vous garderez toutes vos chances pour l'avenir. Je crains qu'à l'inverse, si vous êtes élu à cette fonction, les dommages que subira votre père dans ses fonctions, et vous-même dans les vôtres, seront lourds et longs à réparer dans l'opinion publique. Il en va de deux carrières politiques, et de la démocratie irréprochable en France. L'EPAD en vaut-elle la peine pour vous?
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